|
Mercredi 21 JANVIER 2026
Gauguin et VigÉe LE BRUN : Deux nouveaux tableaux rejoignent les collections permanentes du musée Fabre
Depuis ce mercredi 21 janvier, les visiteurs du musée Fabre peuvent découvrir deux œuvres majeures de l'histoire de l'art dans le parcours des collections permanentes : l'Allégorie de la Poésie d’Élisabeth Louise Vigée Le Brun, acquis grâce au soutien de la Fondation d’entreprises du musée Fabre et à une subvention exceptionnelle du Fonds du patrimoine du Ministère de la culture en septembre dernier et Le Petit Chat de Paul Gauguin, confié pour quelques mois par les descendants de son premier propriétaire au musée Fabre. Chacune de ces œuvres fait l'objet d'un accrochage au sein d'un parcours réorganisé pour une mise en perspective avec les œuvres présentées dans les salles du musée Fabre.
UN PRÊT EXCEPTIONNEL d'un tableau de PAUL GAUGUIN
Avec Le petit chat peint par Gauguin en 1888, le musée Fabre accueille pour la première fois un tableau de cet artiste phare de la fin du 19e siècle et propose un nouvel accrochage pour le mettre en perspective avec des œuvres récemment acquises de Georges Daniel de Monfreid (1856-1929), un des plus fervents admirateurs de Gauguin. Il est ainsi rendu hommage à Gustave Fayet (1865-1925), qui posséda Le Petit Chat parmi d’autres chefs d’œuvre de Gauguin et fut également peintre, mécène notamment des artistes symbolistes, et le collectionneur le plus important du Midi pour l’art moderne au tournant du 20e siècle. Dans le cadre du centenaire de la disparition de Gustave Fayet, plusieurs manifestations organisées depuis Béziers jusqu’à Paris, sont autant d’occasions de découvrir ou redécouvrir la qualité de son goût, l’excellence de ses choix en matière artistique ainsi que son talent réel en tant que peintre.
 
Le Petit Chat, vers 1888, Huile sur toile de jute, Paul Gauguin - Dépôt collection privée.
Crédit photos : Christophe Ruiz - Montpellier Ville et Métropole
Un petit chat tout noir, compact et stylisé, nous tourne le dos, regardant vers des formes rondes, jaunes et oranges, sur fond jaune. Plusieurs indices permettent de situer dans le temps cette peinture magnétique. Les analyses radiographiques montrent une rupture brusque des fils de la toile qui confirment qu’elle a été découpée, sans doute dans un tableau plus grand. Cette toile est taillée dans un jute rustique, et les lettres de Vincent Van Gogh à son frère Théo témoignent de la satisfaction de Paul Gauguin d’en avoir acquis un rouleau entier, à son arrivée à Arles fin octobre 1888. Les deux artistes s’apprêtent alors à partager deux mois de leur existence et de peinture dans la « maison jaune », spécialement louée et décorée par Van Gogh pour l’occasion.
Gauguin « a en train […] une grande nature morte de potiron orangé et des pommes et du linge blanc sur fond et avant-plan jaunes. » : Van Gogh livre enfin dans une lettre à Théo datée du 21 novembre 1888 un témoignage rare sur l’œuvre dans laquelle a pu être ensuite découpé, peut-être par l’artiste lui-même, ce Petit chat.
Une œuvre atypique de VIGéE LE BRUN
Dans la continuité du legs d’Antoine Valedau en 1836 et des campagnes d’acquisition menées récemment pour enrichir le musée d’œuvres d’Hortense Haudebourt-Lescot et Pauline Gauffier (2021) ou encore Jenny Legrand (2022), l'acquisition de l'Allégorie de la Poésie permet de renforcer significativement la présence des femmes artistes du XVIIIe siècle avec un nom emblématique venu rejoindre Marie-Thérèse Reboul et Adélaïde Labille-Guiard. Jusqu’à ce jour, l’artiste n’était évoquée dans la collection que par la copie d’un portrait légué au musée par Alfred Bruyas en 1876.
Formée par son père le pastelliste Louis Vigée, puis par le peintre Gabriel Briard, la jeune Elisabeth Louise Vigée est très tôt remarquée et soutenue par les peintres Gabriel François Doyen et Joseph Vernet. Elle produit ses premières peintures au début des années 1770, sans être rattachée à une corporation professionnelle. En 1774, elle est obligée de rejoindre la corporation de l’Académie de Saint-Luc, communauté des peintres et sculpteurs de Paris, afin de pouvoir poursuivre son activité. Elle expose au Salon de l’Académie de Saint-Luc plusieurs portraits et études de têtes, ainsi que trois allégories de la peinture, de la poésie et de la musique. Identifiée par le spécialiste de l’artiste, Joseph Baillio, régulièrement publiée et exposée, L’Allégorie de la Poésie témoigne ainsi des débuts de sa prestigieuse carrière. Quatre ans plus tard, Elisabeth Louise Vigée Le Brun devient en effet peintre officiel de la reine Marie-Antoinette, dont elle exécuta plusieurs portraits.
L'Allégorie de la Poésie constitue de fait une pièce rare dans le corpus connu de l’artiste, qui ne traita, d’après ses Souvenirs, qu’une douzaine de sujets de peinture d’histoire. Le choix du musée Fabre s’est porté sur cette œuvre atypique, qui s’inscrit dans ses collections complétant une lacune entre les générations de Jacques-Louis David et celle de François-Xavier Fabre. L’Allégorie de la poésie vient renforcer le discours du musée sur les circuits de formation des peintres à Paris et dans les provinces d’Ancien Régime.

Elisabeth Louise Vigée Le Brun (Paris, 1755-1842), Allégorie de la Poésie, huile sur toile, signée et datée « Melle Vigée/1774 » en bas à gauche, H. 80 ; L. 65 cm.
Crédit photo : Artcurial
Crédit photo : Christophe Ruiz - Montpellier Ville et Métropole
CLIQUER SUR LES PHOTOS POUR LES TELECHARGER
|